Destroying the Dead, Betraying the Living
The Desecration of Christian Cemeteries in the Kurdistan of Iraq

On two occasions, in two cities in the Kurdistan of Iraq, unknown individuals have destroyed Christian cemeteries. These acts are neither isolated incidents nor mere acts of delinquency. They constitute a serious form of political violence, because they target not only graves, but memory, presence, and an idea of Kurdistan itself.

A cemetery is not an abstract religious symbol. It is a silent archive. It says: we lived here, we loved, we worked, we buried our dead here. To destroy it is to attempt to erase that sentence from the land. It is to assert that certain people never had the right to belong to this place, even in death.

For the Christians of Kurdistan—Assyrians, Chaldeans, Syriacs—these cemeteries are often the last visible traces of a millennia-old presence, weakened by persecution, forced exile, and regional indifference. To desecrate them today, in Kurdistan, is to extend that violence to the very place where refuge was supposed to have been found.

These acts cannot be understood in isolation. They are part of a broader moral and political crisis, in which the brutalization of religion, the importation of intolerant ideologies, and the weakening of the rule of law create fertile ground for the erasure of minorities. What is at work here is not faith, but a will toward symbolic purification: simplifying the world by eliminating what makes it complex.

As a Kurd from this region, I feel rage—not blind rage, but a lucid anger born of a sense of betrayal. For the idea of Kurdistan that was passed down to us, through exile, repression, and resistance, was that of a land that protects when others persecute. A land where Muslims, Christians, Yazidis, and other communities have coexisted—sometimes with difficulty, but together.

Destroying Christian cemeteries is not merely an attack on a minority. It is an assault on that moral promise. It is to declare that Kurdistan would no longer be a space of justice, but a territory like any other, ready to erase its most vulnerable in order to give itself the illusion of strength.

It is essential to state this clearly: these acts represent neither Kurdish culture nor its deep history. But silence makes them possible. Failing to condemn them firmly, failing to investigate seriously, failing to repair the damage, is to accept that erasure will continue.

The defense of Kurdistan is measured not only by its borders or its institutions, but by its ability to protect the memory of those who no longer have the strength to defend themselves. The Christian dead of Kurdistan are not foreigners. They are part of who we are.

To touch their graves is to touch our collective dignity.

Giawdat Sofi
Member of the Board of Directors
Geneva Institute for Coexistence

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French version

 

Détruire les morts, trahir les vivants
La profanation des cimetières chrétiens au Kurdistan d’Irak

À deux reprises, dans deux villes du Kurdistan d’Irak, des inconnus ont détruit des cimetières chrétiens. Ces actes ne relèvent ni du fait divers ni d’une simple délinquance. Ils constituent une violence politique grave, car ils visent non seulement des tombes, mais une mémoire, une présence, une idée du Kurdistan lui-même.

Un cimetière n’est pas un symbole religieux abstrait. C’est une archive silencieuse. Il dit : nous avons vécu ici, nous avons aimé, travaillé, enterré nos morts ici. Le détruire, c’est tenter d’effacer cette phrase de la terre. C’est affirmer que certains n’auraient jamais eu le droit d’appartenir à ce lieu, même après la mort.

Pour les chrétiens du Kurdistan, assyriens, chaldéens, syriaques, ces cimetières sont souvent les dernières traces visibles d’une présence multimillénaire, fragilisée par les persécutions, l’exil forcé et l’indifférence régionale. Les profaner aujourd’hui, au Kurdistan, c’est prolonger cette violence là où l’on prétendait avoir trouvé refuge.

Ces actes ne peuvent être compris isolément. Ils s’inscrivent dans un contexte de crise morale et politique plus large, où la brutalisation du religieux, l’importation d’idéologies intolérantes et l’affaiblissement de l’État de droit produisent un terrain favorable à l’effacement des minorités. Ce n’est pas la foi qui est à l’œuvre ici, mais une volonté de purification symbolique : simplifier le monde en supprimant ce qui le rend complexe.

En tant que Kurde de cette région, je ressens de la rage. Non pas une rage aveugle, mais une colère lucide, née d’un sentiment de trahison. Car l’idée du Kurdistan qui nous a été transmise, dans l’exil, dans la répression, dans la résistance, était celle d’une terre qui protège quand les autres persécutent. Une terre où musulmans, chrétiens, yézidis et autres communautés ont coexisté, parfois difficilement, mais ensemble.

Détruire des cimetières chrétiens, ce n’est pas seulement s’en prendre à une minorité. C’est s’attaquer à cette promesse morale. C’est dire que le Kurdistan ne serait plus un espace de justice, mais un territoire comme les autres, prêt à effacer ses plus vulnérables pour se donner l’illusion de la force.

Il est essentiel de le dire clairement : ces actes ne représentent ni la culture kurde, ni son histoire profonde. Mais le silence, lui, les rend possibles. Ne pas condamner fermement, ne pas enquêter sérieusement, ne pas réparer, c’est accepter que l’effacement continue.

La défense du Kurdistan ne se mesure pas seulement à ses frontières ou à ses institutions, mais à sa capacité à protéger la mémoire de ceux qui n’ont plus la force de se défendre. Les morts chrétiens du Kurdistan ne sont pas des étrangers. Ils font partie de ce que nous sommes.

Toucher à leurs tombes, c’est toucher à notre dignité collective.

Giawdat Sofi
Membre du conseil d’administration de l’Institut de Genève pour la coexistence

 

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